Au Sénégal, le marché de la communication digitale s’est transformé ces dernières années. Alors que Dakar regorgeait de prestataires sectoriels, les agences locales proposent de plus en plus des stratégies complètes de communication.

La communication digitale serait-elle en pleine révolution au Sénégal ? Le pays de la Terranga a vu naître, ces dernières années, de nouvelles agences de communication. Auparavant, le marché se partageait entre créateurs de contenus, afficheurs et agences d’achat d’espaces. Et ce sont les agences internationales, comme Havas ou Publicis, qui obtenaient auparavant des marchés en Afrique et misaient sur la sous-traitance dans des agences locales. Mais petit à petit, les choses évoluent.

C’est avec une vue à 360° sur le marché de la communication que sont arrivées des agences d’un nouveau type. Avec un constat clair : « Le marketing est toujours trop instrusif au lieu d’être attractif », s’étonne l’agence By Filling, qui écrit sur son site que les marques « interrompent les clients alors qu’ils regardent leur feuilleton favoris, lisent leur meilleur magazine, entament une vidéo sur YouTube ». Les fondateurs de l’agence se demandent si le postulat consistant à penser que « plus nous sommes visibles plus notre marketing est efficace » est toujours valable. La réponse est évidemment négative et nombreux sont les fondateurs d’agences qui arrivent avec de nouvelles idées pour une communication digitale plus innovante.

C’est que propose l’agence 3W, qui affirme avoir « un goût prononcé pour l’innovation ». Une promesse qui se retrouve jusque dans le slogan de la société : « Soyez différent, audacieux, innovant, vous-même ». C’est certainement cette originalité qui a favorisé son expansion à l’international. Du Niger au Togo, en passant par la Côte d’Ivoire ou le Tchad, 3W s’inscrit désormais dans une stratégie de développement continentale, avec quelques incursions en Europe, à Dubaï et en Amérique. By Filling travaille, elle, en Côte d’Ivoire en plus du Sénégal. Même son de cloches du côté de l’Agence Digitale. Le directeur d’équipe de l’entreprise, Yunes Aly, rappelle que « l’Afrique a une histoire, des spécificités et des traditions que les agences européennes ne maîtrisent pas ». Année après année, les agences africaines gagnent de nouveau les marchés autrefois confisqués par les sociétés occidentales.

Le digital, la porte ouverte sur tout un continent

Ces « spécificités africaines » sont à l’origine de cette révolution du marché de la communication digitale. « Les annonceurs et institutions du continent voulaient auparavant des noms connus et internationaux lorsqu’ils faisaient appel à des agences, explique un spécialiste de la communication béninois. Mais ils ont fini par se rendre compte que ces agences occidentales ne couvraient pas la totalité de leurs missions et devaient faire appel à des agences africaines pour honorer leurs contrats ». Et ce ne sont pas les déboires judiciaires de Havas et de Vincent Bolloré qui inciteront les dirigeants africains à continuer à faire appels à des agences de renommée internationale.

D’autant que les techniques, en Afrique, ne sont pas à la portée de n’importe quelle entreprise de communication parisienne ou londonienne : les habitudes africaines ne répondent en effet à aucune logique européenne. Dans certains pays, WhatsApp est beaucoup plus utilisé que Facebook, et la data coûte cher aux populations. Or, le marketing classique est en train de laisser sa place, sur le continent, à l’inbound marketing. Et qui de mieux pour incarner ce nouveau type de webmarketing que des agences locales qui connaissent les leviers du marketing digital et leurs populations mieux que quiconque ? C’est certainement ce qui fait la force des agences digitales africaines, et particulièrement sénégalaises.

Les nouveaux réseaux sociaux, une véritable opportunité

Reste que, comme partout dans le monde, les habitudes des internautes évoluent à une vitesse impressionnante. Là aussi, il s’agit d’un enjeu de taille pour les agences africaines qui doivent s’enquérir des nouveautés sur le web. « Nous cultivons notre attrait pour l’innovation, pour l’unique…en nous plongeant régulièrement dans l’univers ultra dynamique et passionnant de la Silicon Valley », indique l’agence 3W. Car en matière de SEO mais également d’algorithmes des réseaux sociaux, tout change à vive allure. « Les jeunes Africains suivent les évolutions technologiques, ce qui leur permet d’être à la pointe en matière de référencement, de ciblage ou de contenus », résume le responsable techique d’une agence dakaroise.

Il s’agit également de lier les habitudes des Africains, différentes selon chaque pays, à une stratégie marketing claire. « On n’utilise pas TikTok de la même manière au Sénégal qu’en Côte d’Ivoire. Au Togo, les jeunes sont friands de WhatsApp quand, en Egypte ou au Maghreb, Facebook reste le moyen de communication le plus utilisé sur le digital », résume Youssra El Kharraz, responsable communication de l’Agence Digitale. C’est certainement l’une des forces des nouvelles agences sénégalaises : prendre l’Afrique comme un espace hétérogène et imaginer, pour chaque pays du continent, des stratégies adaptées aux expériences utilisateurs, pour proposer à leurs clients des campagnes plus efficaces et ciblées.

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